Maroc : Les autruches disparues ont autrefois régné sur le commerce et la diplomatie

Maroc : Les autruches disparues ont autrefois régné sur le commerce et la diplomatie

Vous pensez connaître le Maroc. Mais savez-vous qu’un oiseau géant a longtemps parcouru ses dunes et influencé ses routes commerciales et ses échanges diplomatiques ? L’autruche d’Afrique du Nord a marqué les paysages, les marchés et même les cours royales. Son histoire mêle le merveilleux et l’économique.

Une géante du sud marocain

L’autruche qui vivait au Maroc pouvait atteindre 2,7 mètres de hauteur et peser plus de 150 kilogrammes. Son cou et ses pattes prennent une teinte rose-rouge très visible. Les mâles arborent un plumage noir et blanc. Les femelles sont plutôt grises.

Elle fréquentait les zones méridionales du pays. On la croisait dans les paysages désertiques et pré-sahariens. Sa silhouette imposante faisait partie du décor. Pour les visiteurs, elle était exotique et impressionnante.

Autruches et diplomatie : cadeaux royaux

Les autruches n’étaient pas seulement des objets de chasse. Elles servent aussi comme cadeaux diplomatiques. En 1850, le sultan Moulay Abderrahmane envoie à la reine Victoria un envoi spectaculaire : un lion, une panthère, neuf chevaux, six gazelles et quatre autruches.

La reine note dans son journal qu’elle visite les animaux à Regent’s Park. Elle qualifie ces oiseaux de « magnifiques et immenses ». Une présence qui étonne les cours européennes et nourrit la curiosité.

Plus tôt, au XVIIe siècle, une autruche accompagne une délégation marocaine aux Pays-Bas. Les Hollandais ne connaissent pas cet oiseau. Des récits rapportent la croyance fausse qu’il mange du fer. On l’aurait gavée d’objets métalliques. Résultat tragique : l’oiseau meurt avec des dizaines de clous dans l’estomac.

La chasse et le commerce des plumes

La demande pour les plumes d’autruche explose au XIXe siècle. Ces plumes servent à orner chapeaux, intérieurs et parures en Europe. Les chasseurs s’organisent pour répondre à la demande.

  • Approche à cheval, en restant face au vent.
  • Suivi des empreintes dans le sable.
  • Poursuite rapide jusqu’à ce que le vent ralentisse l’oiseau.
  • Abattage par arme à feu ou bâton lourd.
  • Section de la gorge et arrachage des plumes.

Un rapport de 1876 décrit la viande comme « quelque peu grossière », mais insiste surtout sur la beauté du plumage. En 1875, le diplomate Sir John Drummond Hay estime la valeur annuelle des plumes exportées depuis Mogador à 20 000 livres sterling. Les trois quarts environ partent pour Londres. Le reste va en France.

Les routes et les acteurs du commerce

La chaîne d’approvisionnement est étonnamment organisée. Les chasseurs aux confins du Sahara apportent les plumes aux marchés internes. On les voit à Tindouf, Teesoon et Wadnoon. De là, les marchandises transitent vers Essaouira. Là, elles sont triées, pesées, emballées et expédiées vers l’Europe.

Des familles de marchands marocains tiennent une place centrale. Des noms comme Dinar Ohana ou Abraham Corcos reviennent dans les archives. Ces commerçants, parfois protégés par des statuts consulaires, réussissent à contourner des taxes lourdes. Leur rôle contribue à la prospérité du commerce jusqu’au début du XXe siècle.

Disparition et tentatives de renaissance

La surexploitation et les changements environnementaux poussent l’autruche vers la disparition. L’espèce s’éteint au Maroc en 1945. C’est la fin d’une ère où l’oiseau partageait la vie humaine et les routes du commerce.

Les efforts de conservation redonnent pourtant de l’espoir. L’autruche est réintroduite dans des zones protégées. Le Parc national de Souss-Massa, près de Chtouka Ait Baha, abrite aujourd’hui des autruches en conditions semi-sauvages. C’est une tentative pour réparer un passé de prélèvement intense.

Mémoire, légende et culture

L’autruche a aussi trouvé sa place dans l’imaginaire. On la retrouve dans des récits et des films qui évoquent le désert et ses mystères. Un film récent, tourné dans le Sahara marocain, raconte la relation unique entre un enfant et des autruches. Il rappelle combien l’oiseau a nourri récits et légendes.

Au final, l’histoire de l’autruche au Maroc lie économie, diplomatie et mythe. Elle rappelle que la disparition d’une espèce efface aussi des pratiques et des histoires. Pensez-y la prochaine fois que vous croiserez une plume d’autruche sur une photo ancienne. Vous tenez entre les mains un fragment d’un passé qui a façonné le commerce et la diplomatie marocains.

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