Imaginez-vous en train de visiter un cimetière tranquille et de découvrir qu’il abrite des millions d’occupants inattendus. C’est exactement ce qu’ont trouvé des chercheurs à East Lawn, près d’Ithaca. La découverte surprend. Elle interroge aussi notre façon de protéger la nature.
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Une découverte inattendue à East Lawn
En travaillant sur le terrain, la technicienne Rachel Fordyce remarque un regroupement massif d’abeilles. Les scientifiques estiment entre 3 millions et 8 millions d’individus. La valeur moyenne calculée est d’environ 5,5 millions d’abeilles. Ces chiffres proviennent d’une étude publiée dans la revue Apidologie.
Le site n’est pas neuf. Des spécimens de la même espèce ont été récoltés dès 1935. Le cimetière a été aménagé bien plus tôt. Il occupe une ferme ancienne, installée en 1878. Cette ancienneté rend la colonie particulièrement remarquable.
Qui est Andrena regularis ?
La plupart des abeilles observées appartiennent à l’espèce Andrena regularis. Ce sont des abeilles solitaires. Chaque femelle creuse un nid sous la terre. Ces galeries descendent entre 10 cm et 20 cm de profondeur.
Dans chaque nid, la femelle prépare quatre à cinq cellules. Elle y dépose du pollen et du nectar. Les œufs éclosent et les jeunes se développent en restant sous terre. Fait rare, ces insectes hivernent à l’état adulte. Ils sortent très tôt au printemps. Leur activité coïncide souvent avec la floraison des pommiers.
Comment les chercheurs ont compté des millions d’abeilles
Les entomologistes ont amélioré une méthode de comptage. Ils utilisent des « pièges d’émergence ». Ce sont des tentes posées sur le sol. Le sommet conduit à un bocal où les abeilles qui sortent se retrouvent piégées.
Les scientifiques ont placé dix pièges sur le site. En comptant les captures, ils extrapolent la population totale. Le résultat donne une fourchette. C’est ainsi qu’ils arrivent à une estimation située entre 3 et 8 millions. Pour donner une comparaison parlante, cette masse d’abeilles représente l’équivalent de 140 à 270 ruches d’abeilles domestiques, si l’on prend une fourchette de 20 000 à 40 000 ouvrières par ruche.
Pourquoi cette colonie a de l’importance
Ces abeilles jouent un rôle réel dans la pollinisation. Un verger se trouve à environ 600 mètres du cimetière. Les Andrena regularis fréquentent ces pommiers. Elles contribuent donc directement aux cultures spécialisées. Les chercheurs rappellent que la perte d’un site de nidification pourrait entraîner la disparition instantanée de millions de pollinisateurs.
Le gardien du cimetière, Keven Morse, note que l’endroit attire aussi d’autres espèces. Des cerfs, des renards, des coyotes et des rapaces y sont observés. Là où l’entretien évite les pesticides, les cimetières se transforment souvent en refuges pour la biodiversité.
Que pouvez-vous faire ?
Vous pouvez agir à votre échelle pour protéger ces populations. Soutenez les espaces verts traités sans pesticides. Informez-vous auprès des gestionnaires locaux sur les pratiques d’entretien. Si vous visitez un cimetière ou un parc, respectez les zones herbeuses non tondues. Elles peuvent abriter des nids.
Les chercheurs appellent aussi à la prudence. Le professeur Bryan Danforth souligne le risque de pertes massives si des sites sont bétonnés. Préserver ces lieux, c’est protéger des pollinisateurs essentiels aux cultures et à la nature.
En bref
- Un site à East Lawn, près d’Ithaca, abrite une colonie estimée en moyenne à 5,5 millions d’abeilles.
- L’espèce principale est Andrena regularis, une abeille solitaire qui hiverne adulte.
- Les scientifiques ont utilisé des pièges d’émergence pour établir leur estimation.
- Le cimetière illustre comment des espaces peu traités peuvent devenir des refuges pour la biodiversité.
