« Une toute petite partie de la mortalité réelle » : 45 000 macareux échoués sur la côte atlantique cet hiver

"Une toute petite partie de la mortalité réelle" : 45 000 macareux échoués sur la côte atlantique cet hiver

Un hiver visible et brutal sur nos plages : plus de 45 000 macareux moines ont été retrouvés échoués le long des côtes atlantiques entre le 19 décembre 2025 et le 17 mars 2026. Ce chiffre choque, mais les experts avertissent qu’il ne représente probablement qu’une fraction de la réalité.

Le bilan chiffré et ce qu’il cache

La plateforme participative Faune-France, pilotée par la LPO, recense 45 014 macareux moines échoués sur la période hivernale. Ces observations viennent de centaines de personnes, en prospections encadrées par le réseau Reoma ou de signalements spontanés.

Les macareux représentent environ 96 % des oiseaux ramassés cet hiver sur le littoral atlantique. Mais ce total reste une estimation basse. De nombreux cadavres ne sont pas retrouvés : ils restent en mer, ensablés, emportés dans les dunes ou récupérés sans enregistrement. Selon Sea Shepherd, un oiseau retrouvé peut traduire jusqu’à dix morts en mer.

Pourquoi un tel épisode ? Tempêtes et difficultés d’alimentation

Les spécialistes pointent du doigt les tempêtes successives de l’hiver — notamment Goretti, Kristin, Ingrid et Nils — avec des vents dépassant 100 km/h. Ces coups de vent créent de très grosses vagues et perturbent l’accès à la nourriture.

Le macareux pêche souvent jusqu’à 40 mètres de profondeur. Quand la mer est agitée et que le poisson-fourrage descend, les jeunes oiseaux, plus vulnérables, n’arrivent plus à se nourrir. Ils s’affaiblissent, puis sont poussés par les courants vers les côtes.

Où les macareux ont-ils été retrouvés ?

Les observations concernent principalement la côte atlantique française, mais aussi la Grande-Bretagne, l’Irlande, l’Espagne et le Portugal. En Bretagne, les secteurs les plus touchés sont Audierne, Concarneau, Lorient, la presqu’île de Quiberon et Crozon.

D’autres régions impactées : Landes, Pyrénées‑Atlantiques, Gironde, Charente‑Maritime, Vendée, Loire‑Atlantique et Morbihan. Les équipes ont retrouvé notamment deux oiseaux bagués, dont un originaire d’Écosse, preuve des liaisons internationales de ces populations.

Soins, saturation des centres et coûts

Outre les cadavres, de nombreux oiseaux ont été récupérés affaiblis. Fin février, environ 800 macareux recevaient des soins dans les centres de l’Île‑Grande et de Nouvelle‑Aquitaine. Les structures de Sea Shepherd, comme Hegalaldia et La Paloume, étaient saturées avec quelque 300 individus en soin au 13 février.

Le coût de prise en charge est élevé : près de 300 € par macareux soigné selon les associations. Les appels aux dons ont permis de récolter des montants significatifs, mais la pression reste forte sur les centres.

Le rôle du mazout et des anciennes épaves

Des macareux mazoutés ont également été signalés, de façon ponctuelle. Certaines analyses ont relevé des similitudes avec le fioul lié aux naufrages historiques, ce qui inquiète. Le Cedre a confirmé la présence d’hydrocarbures sur quelques oiseaux et plages.

Ces pollutions aggravent l’état des oiseaux déjà fragilisés par la tempête et la faim. Le mélange d’épuisement, de déshydratation et de mazout réduit sérieusement leurs chances de survie.

Ce que vous pouvez faire si vous trouvez un macareux

  • Signalez la découverte sur Faune‑France ou contactez la LPO locale. Vos signalements aident au comptage et à la coordination des secours.
  • Ne manipulez pas l’oiseau sans protection. Si l’animal est vivant et en détresse, isolez‑le calmement dans une boîte ventilée avec une serviette et gardez‑le au chaud.
  • Ne donnez pas à boire ni à manger. N’essayez pas de le nettoyer si l’oiseau est mazouté — attendez les instructions d’un centre spécialisé.
  • Appelez un centre de soins pour oiseaux marins ou une association (LPO, Sea Shepherd) qui vous indiquera la marche à suivre et prendra en charge l’oiseau.
  • Si vous le pouvez, soutenez financièrement ou en bénévolat les centres de soins locaux. Chaque don contribue aux traitements et à la prise en charge.

Un épisode grave, mais connu

Ce phénomène n’est pas inédit. En 2014, un épisode comparable avait causé la mort d’environ 50 000 macareux. Les scientifiques parlent d’événements rares mais récurrents, liés à des combinaisons de tempêtes, de disponibilité du poisson et parfois de pollution.

Vous pouvez rester informé et agir localement. Les observations citoyennes et la solidarité envers les centres de soins font une vraie différence pour les quelques oiseaux qui peuvent encore être sauvés.

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